Par Paul Agius, co-fondateur de Nouvelle Donne, analyse la révolte des gilets jaunes.

Tout bien réfléchi, comment lire l’épisode gilets jaunes ? Il me semble finalement que ça pourrait être un levier inespéré pour l’exécutif. En effet, le problème n’est pas le niveau des contributions (qu’on appelle « Taxes » pour les faire détester). Le problème est : « pas assez de revenus pour les contributions que l’on demande ». Or qu’est-ce qui a fait baisser les revenus ? Surtout le chômage qui exerce une pression à la baisse sur les salaires et permet le détricotage des conventions collectives. Et qu’est-ce qui pèse sur les revenus des plus riches ? Les services publics qui coûtent cher, profitent à tous, et donc nécessitent des contributions fiscales et sociales. Donc le jeu consiste, pour les plus riches, à supprimer le maximum de services publics, à baisser les impôts, et à garder le plus bas possible les revenus des moins riches.

Les gilets jaunes vont permettre de résoudre le premier élément de l’équation : baisse des impôts, qui sera suivie par un détricotage des services publics. On va vers une société à bas salaire, avec peu d’impôts et de cotisations sociales, et peu de services publics, de retraite, de sécu…Je résume : l’objectif est d’avoir des salaires bas ou très bas, peu de services publics, peu ou pas de protection sociale, mais des services et assurances privées. Et donc peu d’impôts et peu ou pas de cotisations sociales.

Acte 1 : on fait monter de chômage et on le maintient élevé. FAIT depuis 1975.
Acte 2 : les revenus baissent, et les conventions collectives sont détricotées, grâce au chômage, et on essaie de diminuer le nombre de fonctionnaires. Le déficit public et social s’aggrave ; à cause du chômage il y a moins de cotisants. On développe les grandes surfaces et on supprime le commerce de proximité pour limiter la baisse du pouvoir d’achat. FAIT.
Acte 3 : on baisse radicalement l’impôt des plus riches. Mais pour équilibrer (un peu) le budget, on augmente celui des moins riches. Révolte car on n’en peut plus. Ça c’est en cours avec les gilets jaunes. Donc on va aussi diminuer l’impôt des moins riches, et petit à petit et par conséquent diminuer encore services publics et protection sociale que les moins riches devront se payer tout seuls. Quant aux plus pauvres, on n’en parle même pas.

Je pense que les gilets jaunes se révoltent contre la compression de leurs revenus face au coût de la vie toujours plus lourd et aux conditions de vie toujours plus difficiles. Et que l’origine de cette situation se trouve dans l’installation du chômage, il y a 40 ans, et dans son maintien à un niveau élevé, depuis. Or, cela fait des années que je milite pour de vraies solutions pour venir à bout de ce chômage, dûment expérimentées dans des centaines d’entreprises. Avec un rejet radical de ces solutions par les instances patronales, qui ont bien compris leur finalité. Et donc leur non prise en compte par les élus, qui eux n’y ont pas compris grand chose…

Bref, la révolte des gilets jaunes est légitime, les conséquences de leur action risque d’accroître le problème en laissant se tasser les revenus et en laissant mourir services publics et protection sociale. Faut-il soutenir une révolte légitime aux conséquences potentiellement désastreuses ?
Je pense que oui. La voix de la protection de la planète pourra être mieux entendue, y compris par ceux qui défendent leur droit à se déplacer en diesel. Mais, comment sortir en deux mois d’un piège qui s’est noué depuis 40 ans ? Piège que nos dirigeants et l’essentiel de l’intelligentsia estime inéluctable, voire souhaitable ?

Donc attendons-nous à une crise majeure. Dommage que ceux qui portent des gilets jaunes ne nous aient ni crus ni suivis lorsque depuis 1992, nous avons préconisé une nouvelle organisation du travail pour réduire radicalement le chômage.

Plus d’infos :

Une minute pour comprendre un nouveau partage du temps de travail
Briser le tabou du temps de travail